Friday, October 13, 2017

La quête de la beauté universelle du thé

Cette semaine, j'ai eu la chance et l'honneur de rencontrer Stéphane Barbery, un artiste Français aux talents multiples puisqu'il écrit, calligraphie, compose et joue de la musique et photographie avec talent, ouverture d'esprit et générosité. En effet, il habite depuis 10 ans environ au Japon, à Kyoto. Son oeuvre se nourrit de la découverte et l'étude approfondie de la culture asiatique et japonaise en particulier. C'est donc tout naturellement qu'il aime déguster le thé et demanda à me rencontrer lors de sa visite de Taipei. J'acceptai avec grande joie, car je ressentis immédiatement une grande admiration pour ses photos et ses textes (lisez l'accueil dans la voie du thé). En plus, son parcours ressemble un peu au mien: même prénom, année de naissance, connection similaire avec l'Asie, passion du thé et de la photographie, sauf que son oeuvre se situe à un niveau bien plus artistique et virtuose que la mienne.

Chez Stéphane Barbery, on retrouve un peu le même point de vue que chez François Cheng, c'est à dire celui d'un penseur qui fait une synthèse des cultures occidentales et asiatiques pour arriver à l'universel. Il trouve qu'il y tant de choses d'Asie que nous ne connaissons pas en France et en Europe, des choses essentielles dans l'histoire de l'humanité (ex: le Dao De Jing). Aussi, si j'ai bien compris (et en projetant un peu de moi), Stéphane est dans une quête universelle de la beauté. Pour lui, cette beauté du Japon ou du thé est non seulement une expression artistique, une façon de sublimer la vie, l'éphémère, mais aussi une manière de nous intéresser à cette civilisation asiatique qui peut nous aider à mieux nous connaitre.

La beauté a un pouvoir considérable car elle peut susciter des passions qui peuvent aller jusqu'à l'obsession, voire l'aveuglement. Certains risquent de devenir complètement fasciné par tel rite ou telle pratique exotique. C'est parfois un passage obligé à toute passion que d'être exclusive, mais un peu de conscience de soi et d'esprit critique permettent de réaliser que la beauté recouvre de nombreuses formes et que la création artistique de beauté passe par la synthèse. Or, arriver à créer un pont, à faire la synthèse entre le beau occidental et asiatique, c'est arriver à créer une beauté universelle!

Lors de notre rencontre, je préparai 4 thés avec 4 Chaxis distincts. 7 photos sont nées de ce partage autour du thé. Stéphane Barbery me les a offertes afin de promouvoir la voie du thé. Il m'a aussi encouragé à faire ma propre synthèse de ma pratique du thé (et de la concepualiser):

1. Comme Stéphane Barbery connait bien le chado, j'ai eu envie de lui préparer un matcha (qu'il m'offrit!) à la manière chinoise de la dynastie des Song. Si la poudre de thé virevolte sur cette photo, ce n'est pas à cause de la méthode de préparation qui est différente, mais car il y eut beaucoup de vent ce jour-là dans les montagnes autour de Taipei!

2. Bol noir chinois de Jianyang, fouet japonais, aiguillère en céladon de France de David Louveau, Chabu vert fleuri créé à Taiwan, mains franco-allemandes. Fusion agitée. On est bien dans le mélange du thé et des cultures qui débouche sur la beauté verte de la nature. Du néant (le bol noir) surgit la vie!


3. On passe maintenant à un Oolong de haute montagne de la plantation de Fushou Shan. Il est judicieusement infusé en théière en zhuni d'Yixing et bénéficie d'une eau très très chaude, puisqu'elle est cuite dans une bouilloire en argent du Japon.


4. La peau de la théière zhuni semble avoir la même texture que la peau d'un homme ou d'une femme! Le thé est un art tactile et sensuel: les bons gestes viennent avec le toucher. La présence du soleil est caractéristique des Oolongs de haute montagne et saisit bien la pureté des arômes de ce thé.


5. Les trois coupes représentent le caractère 品. C'est le nombre idéal d'amis autour d'un thé dans le gongfu cha de Chaozhou. Cela nous rappelle aussi que la dégustation se fait en plusieurs (au moins 3) gorgées. Ces chatuo en étain sont chinois, de Chaozhou justement. Ils ont inspiré ceux faits au Japon. Leur forme rappelle la fleur de lotus, motif à connotation spirituelle en Chine, puisqu'on retrouve souvent cette fleurs au pied des statues de Buddhas. Par la beauté atteindre le divin.


6. Découverte d'un Hung Shui Oolong et de la transformation des arômes du thé par la torréfaction. Il s'agit d'appliquer une chaleur aux feuilles, mais d'arriver à la maitriser pour préserver le caractère du thé tout en l'affirmant et en le sublimant. C'est un peu ce que Stéphane fait avec ses photos. Il y met sa passion et sa technique pour saisir la beauté intemporelle de ce moment d'attente. Nous en profitons ici pour goûter ce thé avec des coupes de porcelaine différentes. De plus j'utilise mon Yixing Duanni Tiliang (avec anse) car elle correspond bien à ce type de thé, et car c'est une théière de lettré. En effet, on trouve un poème sur une face et des symboles de bonne fortune sur l'autre. Le chabu est très personnel, puisqu'il fut fait à la main par ma mère.


7. Ce Chabu-ci est un tissu qui assemble différents motifs anciens chinois/japonais. Cela montre les nombreuses relations entre ces 2 cultures. Pour bien comprendre le Japon, il faut comprendre la Chine. Cela commence par les caractères chinois devenus Kanji. Utilisation de ma théière en argent, dorée, faite par un maitre Japonais selon une forme de l'époque Qing (Kangxi)! Elle convient parfaitement à la préparation de mon puerh cru sauvage de ce printemps car composé de nombreux bourgeaons. La beauté du thé chinois est d'abord fonctionnelle.

Un grand merci à Stéphane Barbery pour ces photos et toutes les idées qu'il a semé et partagé durant nos discussions.

3 comments:

  1. Beautiful photos and words - I enjoy reading your posts; French and English. :)

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  2. waouh !!!!! les images parlent d'elles-mêmes ...silence.....

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  3. Vraiment, vraiment, vraiment merci d'avoir partagé cet article. Merci beaucoup pour ces belles photos et ces beaux mots.

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